Les huîtres qui ne voient jamais l'air libre

Как два студента-друга стали устричными фермерами на лагуне То

Ils se sont rencontrés à la fac et ont tout de suite trouvé une passion commune : les huîtres. À chaque soirée étudiante, c'étaient eux qui tenaient les couteaux et ouvraient les coquilles pour tout le monde. Un jour, l'un a dit à l'autre : « Ce serait cool d'avoir notre propre parc un jour. » La phrase, lancée entre deux verres, s'est avérée prophétique.

Les années ont passé. L'un est devenu rugbyman professionnel, l'autre a trouvé sa voie, mais le rêve des huîtres ne les a jamais quittés. Un jour, un appel : des ostréiculteurs de la lagune de Thau étaient prêts à leur enseigner le métier. Pendant un an, les deux amis ont travaillé gratuitement, venant dès qu'ils avaient un moment libre. Quand leurs mentors sont partis à la retraite, ils leur ont proposé de reprendre le mas. Les amis ont suivi la formation au lycée maritime et sont devenus ostréiculteurs à part entière.

Leur mas — exploitation conchylicole — se trouve sur les rives de la lagune de Thau, face au mont Saint-Clair à Sète. Le matin, le soleil se lève à gauche de la ville ; le soir, Sète s'illumine sur fond de couchant — un spectacle dont on ne se lasse pas, même après des années.

La méthode d'élevage ici diffère radicalement de celle de l'Atlantique. Sur la plupart des fermes françaises, les huîtres reposent dans des poches sur des tables et se découvrent à chaque marée basse. Sur la lagune de Thau, il n'y a pratiquement pas de marées. Les huîtres pendent sur des cordes dans la colonne d'eau et n'en sortent jamais. Elles se nourrissent en permanence du phytoplancton que la lagune fournit généreusement, et grandissent bien plus vite. Là où une huître atlantique met deux ans à atteindre une taille commerciale, celles de Thau y parviennent en dix à seize mois.

Le processus commence par le naissain — de minuscules huîtres juvéniles collées par paires sur des tuiles, enfilées sur des cordes, fixées au ciment et immergées. Les parcs sont organisés comme une ville sous-marine : des tables de cinquante mètres de long sur dix de large alignées en rangées, tels des quartiers et des avenues. Chaque table est numérotée — comme une maison avec son adresse.

Au moment de la récolte, les cordes sont remontées au treuil. Couvertes d'éponges et d'algues, les huîtres passent dans un laveur. L'eau est aspirée par une pompe, les impuretés tombent dans un bac, et l'eau propre retourne à la lagune via un décanteur. Un cycle écologique où rien ne se perd.

Puis vient le meilleur moment : la dégustation sur place. Les huîtres de Thau sont charnues, juteuses, au goût iodé prononcé. Elles surprennent même les connaisseurs par leur salinité — on croirait la pleine mer, alors que c'est une lagune. Deux anciens étudiants qui ouvraient des huîtres en soirée approvisionnent désormais les meilleures tables du littoral.