Buffon transformait la fonte en spectacle pour aristocrates

Tout le monde connaît Buffon comme l'auteur de l'Histoire naturelle — cette fresque grandiose décrivant les animaux, les végétaux et les minéraux. Mais rares sont ceux qui se souviennent du troisième volet de cette trilogie — les minéraux. C'est précisément l'étude des roches qui conduisit le naturaliste au minerai de fer, abondant en Bourgogne. Buffon décida alors de ne pas se contenter d'étudier le fer, mais de le fondre. Il construisit sa propre forge — mais quelle forge !

Les Forges de Buffon ne sont pas un simple site industriel. C'est un spectacle inscrit dans l'architecture. Dans un atelier sombre, à plus de deux mille degrés, coulait une « lave » incandescente — de la fonte en fusion. Et au-dessus, sur un escalier d'apparat orné d'une rampe en fer forgé en forme de fer à cheval, prenaient place les invités — aristocrates, savants, amis de Buffon. Ils assistaient à la coulée comme des spectateurs au théâtre. Dans la pénombre de l'atelier, la seule source de lumière était le flot de métal liquide. « C'était un véritable spectacle, dit Alix, descendante des propriétaires. Buffon a créé toute cette mise en scène dans l'architecture même. »

Mais la forge n'était pas qu'une scène. Une centaine de personnes y vivaient en totale autonomie : les forgerons avec femmes et enfants, d'un côté de la cour les ateliers, de l'autre un potager, un verger et une ferme où travaillaient les femmes et les enfants. Buffon avait voulu un « complexe intégré » — un monde autosuffisant où industrie et vie quotidienne s'entremêlaient.

Aujourd'hui, les Forges appartiennent à la famille d'Alix — c'est déjà la septième génération de gardiens. Depuis 1860, sans interruption. « Nous sommes attachés à ce lieu, dit-elle. Nous y vivons, nous y consacrons notre temps et notre énergie. Mais il nous tient à cœur de le montrer, de l'ouvrir aux gens. » Le principal mécanisme hydraulique — une immense roue entraînant les soufflets de forge — fonctionne toujours. L'eau qui autrefois attisait le feu peut encore aujourd'hui faire tourner une turbine. « On pourrait imaginer une petite centrale hydroélectrique, dit Alix. Être autonomes, être verts — ce serait le rêve. Et au fond, c'est exactement ce que Buffon avait conçu : l'autonomie totale. »

Le grand naturaliste, qui a décrit toute la nature de l'éléphant au minéral, a bâti au bord d'une rivière bourguignonne un lieu où science, art et industrie ont fusionné. Deux cents ans plus tard, sa forge tient debout, la roue tourne, et les descendants des propriétaires rêvent d'un avenir où les idées de Buffon s'avéreront étonnamment modernes.