La statue de Vercingétorix est en fait Napoléon III

Au sommet de la colline d'Alésia, en Bourgogne, se dresse une imposante statue de bronze du chef gaulois Vercingétorix. Longues moustaches, cheveux au vent, épée puissante — l'image telle que les manuels nous l'ont transmise. Mais de près, la supercherie éclate. Les traits du visage sont ceux de Napoléon Ier. Les moustaches, une fantaisie du XIXe siècle. L'arme, du mauvais type. Le vêtement, une invention. « Il faut lui couper les cheveux. Enlever la moustache. L'arme ne va pas. La tenue non plus. Rien ne va », énumère en souriant un reconstituteur, debout à côté dans une authentique tunique gauloise.

Napoléon III, qui commanda la statue au XIXe siècle, utilisa Vercingétorix comme instrument de propagande. L'idée était simple : glorifier « nos puissants ancêtres gaulois » — et au passage immortaliser sa propre dynastie dans leur image. Les Français reçurent non pas un portrait historique, mais une affiche politique en bronze.

Mais qui étaient les vrais Gaulois ? Sur cette même colline, où vivaient jadis des dizaines de milliers de personnes — l'oppidum d'Alésia couvrait environ un tiers de la superficie du Paris intra-muros —, des passionnés tentent aujourd'hui de répondre à cette question pour de vrai. Ils portent de véritables « braies » — des pantalons en laine bouillie, chauds l'hiver et respirants l'été. Ils se drapent dans le « sagum » — un manteau multifonction servant de tenue d'apparat, d'imperméable et de bouclier au combat. Leurs descriptions proviennent de La Guerre des Gaules de César et des écrits de Pline.

Et voici la vraie surprise : ces reconstituteurs ne sont pas des figurants pour touristes. Ils célèbrent de véritables cérémonies celtiques. Le jour de notre visite, un petit garçon prénommé Arthur, fils du barde, a reçu son nom. Sous un chêne, près de la terre, avec de l'eau et de la musique. Le druide a prononcé ces mots : « Désormais, nous t'appellerons Bardogénos — le fils du Barde. » L'enfant a été béni aux noms des dieux celtes : Taranis pour la force et la bravoure, Teutatès pour le courage, Belen pour la santé, Borvo pour la sagesse. Les convives ont trinqué à la « cervoise » — la bière gauloise — dans des coupes de bois.

« On peut penser qu'on est des illuminés en costume, admet l'un des participants. Mais nous sommes des gens modernes avec des valeurs modernes. Il se trouve que les valeurs gauloises — le respect de la terre, de la nature, de la communauté — sont exactement celles vers lesquelles le monde revient aujourd'hui. » Au pied de la colline d'Alésia, là où Vercingétorix perdit sa dernière bataille, ses descendants — authentiques ou autoproclamés — continuent de débattre de qui ils sont et d'où ils viennent. Et le Napoléon de bronze, déguisé en Gaulois, regarde du haut avec un sourire en coin.