La grotte où Marie-Madeleine vécut 30 ans

Entre le Moyen Âge et la Révolution française, les pèlerins chrétiens se rendaient en trois lieux sacrés : Rome, Jérusalem — et la Sainte-Baume, en Provence. Des rois de France ont gravi ces pentes, des papes se sont agenouillés dans cette grotte. Le troisième pèlerinage de la chrétienté ne menait ni à une cathédrale ni à un temple, mais à une cavité dans la roche, perdue au cœur d'une forêt qui n'a rien à faire dans le sud de la France.

Selon la tradition, Marie-Madeleine — la première témoin de la Résurrection — serait arrivée par la mer sur les côtes provençales. Elle passa par Aix-en-Provence, séjourna à Marseille, puis remonta un petit cours d'eau qui se jette dans la Méditerranée jusqu'à ces montagnes. Là, dans une grotte à une hauteur vertigineuse, elle aurait passé les trente dernières années de sa vie. Selon une autre légende, les anges l'élevaient sept fois par jour au sommet de la montagne pour qu'elle puisse communier avec Dieu. On y érigea un pilier — un pilon —, qui donna son nom à la chapelle du Saint-Pilon, toujours debout au sommet.

D'où le nom du lieu : « baume » en provençal signifie « grotte ». Sainte-Baume, un joli pléonasme — la « sainte grotte de la grotte », comme le note en souriant l'un des frères dominicains qui veillent encore sur ce lieu et y célèbrent la messe au cœur même de la caverne.

Mais les légendes ne s'arrêtent pas là. L'une d'elles raconte qu'un tremblement de terre, survenu le jour de la mort du Christ, fendit un énorme rocher en deux. Depuis, on croit que deux amoureux qui traversent cette faille en se tenant la main sans la lâcher connaîtront une vie de couple épanouie et heureuse. Le sentier qui mène à la faille serpente entre les rochers, et chaque année, pèlerins croyants ou simples romantiques la franchissent main dans la main.

La Sainte-Baume est aussi un lieu sacré pour les Compagnons du Devoir. C'est ici que Maître Jacques, l'un des pères fondateurs de la confrérie, tailleur de pierre de son état, aurait passé ses derniers jours avant d'être assassiné et enterré dans cette forêt. Depuis, chaque compagnon doit accomplir au moins une fois le pèlerinage. C'est pourquoi Marie-Madeleine est devenue la sainte patronne de la confrérie — par l'attachement profond des compagnons à ce lieu.

La forêt au pied de la montagne est elle-même un prodige. Des hêtres et d'autres essences typiques du nord de la France y ont survécu, piégés depuis la dernière glaciation il y a quelque huit mille ans. Ils vivent comme sur une île, isolés de leurs congénères septentrionaux. Les agents de l'ONF récoltent leurs graines pour les replanter dans le nord du pays : ces hêtres méridionaux, déjà adaptés à la chaleur, pourraient aider les forêts françaises à surmonter le changement climatique. Ainsi, un arbre qui a « attendu » huit millénaires dans le sud rentre enfin chez lui pour sauver les siens.