Le phare de Cordouan brille sans interruption depuis 400 ans

Au milieu de l'estuaire de la Gironde, là où les eaux douces de la Garonne rencontrent l'Atlantique, se dresse un phare sans équivalent. Cordouan — surnommé le « roi des phares et le phare des rois » — a été érigé en 1611 sur ordre des monarques français. Lorsque son bâtisseur Louis de Foix l'a livré au roi, ce n'était pas un simple amer, mais un véritable palais au milieu des flots. Majestueux comme un temple, précis comme une horloge.

Depuis sa mise en service, Cordouan n'a jamais cessé de briller. Pas une seule nuit en quatre siècles — à travers tempêtes, guerres, révolutions, Occupation. Pas une seule interruption. Aujourd'hui, c'est le dernier phare habité de France et un monument classé au patrimoine mondial de l'UNESCO. Toute l'année, deux gardiens veillent sur lui et accueillent vingt-cinq mille visiteurs par an. Pour y accéder, il faut naviguer sur l'estuaire, et au débarquement, l'eau monte jusqu'à la taille — le gardien plaisante : « Quand l'eau arrive aux narines, il faut s'arrêter. »

Le grand drame de Cordouan porte le nom d'Augustin Fresnel. En 1823, le jeune physicien y passe trois mois pour installer sa lentille révolutionnaire à échelons — un dispositif qui concentre la lumière en faisceaux parallèles, visibles à des dizaines de kilomètres. Cordouan devient le premier phare au monde à en être équipé. Aujourd'hui, cette technologie éclaire tous les phares de la planète. Mais Fresnel meurt à peine trois mois après, sans jamais connaître l'ampleur de sa découverte. Sa statue se dresse à l'intérieur du phare, à côté du mécanisme qu'il a mis en place.

La vie au phare suit un rythme dicté par les marées. L'hiver, les gardiens attendent les visiteurs. L'été, ils rêvent de solitude. L'un d'eux, Nicolas, confie préférer les tempêtes hivernales : les vagues passent par-dessus les fondations, le brouillard enveloppe la tour, et l'on peut explorer l'île apparue il y a vingt ans. Après une violente tempête, un banc de sable s'est fixé, a pris racine, et abrite désormais des gravelots, espèce protégée. Les gardiens marchent parmi leurs traces, pêchent au coucher du soleil, se préparent le dîner. Et là-haut, comme depuis quatre siècles, la lentille tourne et la lumière file vers l'horizon.