On fait des glaces aux huîtres sur l'île de Ré

Imaginez : on vous tend une boule de glace et on vous demande de deviner le parfum. Vous goûtez — et vous n'en croyez pas vos papilles. C'est l'huître. Pas un vague souvenir marin, mais le goût franc d'une huître fraîche emprisonné dans une sphère glacée. Sur l'île de Ré, Xavier et son équipe ont créé plus de trois cents recettes de glaces. Aujourd'hui, la vitrine en propose de cinquante-six à cinquante-huit, toutes nées des produits de ce minuscule terroir au milieu de l'Atlantique : huîtres, pommes de terre, salicorne, sel. La glace à l'huître ne se sert pas en dessert — elle s'accompagne de petits crackers à l'apéritif. C'est peut-être la meilleure entrée en matière pour comprendre la philosophie de l'île : ici, tout tourne autour de ce que donnent la terre et la mer.

La pomme de terre primeur est la vraie star de l'île. Jean-Jacques la cultive à la pointe nord, à Saint-Clément-des-Baleines, à quarante kilomètres de La Rochelle — c'est-à-dire à quarante kilomètres au cœur de l'océan Atlantique. Le microclimat y est unique, et grâce à cette douceur, les variétés Alcmaria et Charlotte mûrissent en à peine soixante-dix jours. Vingt agriculteurs cultivent cette pomme de terre sur l'île. Le sol sec et sableux lui confère une légère saveur sucrée, et on la récolte avant maturité — la peau se retire à la main, sans couteau. Le tri se fait exclusivement à la main pour ne pas abîmer les précieux tubercules, et en moins de vingt-quatre heures, ils sont sur les étals.

Sur la presqu'île de Loix se cache un autre trésor : Paul, fromager amoureux de l'île depuis ses vingt ans. À soixante-cinq ans, il vient de reprendre la dernière chèvrerie de Ré, menacée de fermeture définitive. Les chèvres paissent dans un air chargé d'iode, et leur lait est si typé qu'il a mis en difficulté même ce maître confirmé. Température, acidité, affinage — les paramètres habituels ne fonctionnaient pas, il a fallu tout réinventer. Paul cherche dans chaque fromage la perfection : brillance, grain fin, texture fondante et surtout une longueur en bouche inoubliable.

Autour des marais salants, quand les beaux jours arrivent, l'île explose de couleurs et de milliers d'abeilles. Une apicultrice de la troisième génération — fille et petite-fille de son métier — parcourt les dunes et les pinèdes pour veiller sur ses ruches. L'île ne connaît quasiment pas les pesticides ; la seule menace sérieuse est le frelon asiatique. Les abeilles butinent des fleurs sauvages : colza, moutarde, ronces, acacia. Chaque année les plantes changent, et c'est pourquoi le miel de l'île de Ré n'est jamais identique. Fruité, acidulé, aux multiples saveurs qui éclatent simultanément — et cette fameuse note iodée que donne la proximité de l'océan. C'est cette pointe de sel, dit-on ici, qui constitue le véritable goût de l'île de Ré.