Расслабленный шик и ржавый велосипед как символ статуса
- Как Иль-де-Ре стал Сен-Тропе Атлантики
- Негласные правила острова — имеешь, но не показывай
- Парижане, циклопаты и нашественники в шортах
- Остров, который укрощает любого
Imaginez un endroit où un homme sur un vieux vélo à la peinture écaillée peut être le propriétaire d'une villa à plusieurs millions d'euros. Où les gens se changent exprès sur le parking pour ne pas se faire remarquer, et où débarquer au port sur un yacht avec un cigare vous condamne à devenir la risée de tous. Ce n'est pas une utopie inventée. C'est l'île de Ré, un petit bout de terre dans le golfe de Gascogne, devenu en trois décennies l'un des lieux les plus convoités de France.
L'île a cessé depuis longtemps d'être une tranquille province de pêcheurs. Célébrités et milliardaires y achètent des maisons, et l'on compare de plus en plus Ré au Saint-Tropez de l'Atlantique. Mais les habitants ne font qu'en sourire — le « bling-bling » est ici considéré comme du plus mauvais goût. « C'est le bon goût bien français », disent-ils avec une pointe de fierté. L'île est devenue une véritable marque, un art de vivre, un ensemble de rituels : le matin au marché, l'après-midi sur les pistes cyclables entre les marais salants, le soir des huîtres avec un verre de blanc.
Mais derrière cette image idyllique se cache une tension sociale fascinante. Les habitants permanents — à peine 18 000 répartis dans dix villages — subissent chaque été l'arrivée de 130 000 estivants. Michèle, saunière de métier, se lève à l'aube pour profiter du port dans le silence, avant le réveil des touristes. Elle confie se sentir parfois « comme un objet dans un musée » quand des dizaines d'inconnus s'arrêtent pour photographier sa maison et son travail. Plusieurs mondes se superposent : les gens du cru, les Rétais d'adoption et les « Parisiens » — ainsi appelle-t-on ici tous ceux qui viennent du continent.
Repérer un « Parisien », les locaux savent le faire en un clin d'œil. Ils débarquent dans un style ostensiblement marin — chaussures bateau, marinières — alors qu'ils n'ont aucun bateau. Le vrai chic insulaire, c'est tout autre chose. On l'appelle le « décontracté chic ». Une marinière, oui, mais sans forcer. Un chapeau de paille. Un panier en osier. Et surtout un vélo — plus il est usé, mieux c'est. Étaler sa richesse n'est pas seulement mal vu, c'est un tabou. Un voilier discret peut coûter autant qu'un yacht tapageur, mais c'est lui que choisira celui qui connaît les règles du jeu.
Le peintre Patrick Platier, l'un des habitants les plus connus de l'île, observe ce spectacle le pinceau à la main. Il surnomme affectueusement les touristes « les cyclopathes » et « les envahishorts ». Mais il reconnaît que l'île sait dompter même les visiteurs les plus bruyants. « Le premier jour, ils foncent à toute allure, dit Patrick, et puis ils se calment. Ils réapprennent à vivre. » Selon lui, l'île de Ré n'en met pas plein la vue — elle en impose, elle enveloppe. Et c'est sans doute là sa plus grande force : ce n'est pas l'île qui s'adapte à vous, c'est vous qui vous adaptez à elle.