Elle marche sur une sangle dans une grotte à 40 m

Vingt-cinq millimètres. C'est la largeur de la sangle sur laquelle Salomé avance à quarante mètres de hauteur — non pas au-dessus d'un canyon, mais à l'intérieur d'une grotte. Le massif du Thaurac, dans l'Hérault, à deux pas de Montpellier, est devenu pour elle à la fois terrain d'entraînement, refuge et source d'inspiration. Les couchers de soleil sur ces falaises calcaires, elle les appelle simplement « la maison ».

Salomé est athlète professionnelle de highline. Elle a marché sur sa sangle dans des dizaines de pays, au-dessus de gorges et entre des gratte-ciel. Mais c'est ici, dans le sud de la France, qu'elle a trouvé quelque chose d'unique : une grotte dans laquelle on monte au lieu de descendre. L'entrée naturelle se trouve au sommet du plateau — un puits vertical par lequel les premiers explorateurs ont pénétré dans la cavité. Cette géométrie inhabituelle crée un espace intérieur de plus de quarante mètres de haut, idéal pour tendre une ligne.

L'installation prend plus d'une heure et demie. Il faut faire passer la sangle d'un bout à l'autre des cent vingt mètres de la cavité, la fixer, la tendre. Chaque nœud, chaque mousqueton est une question de sécurité et de précision. Puis tout est prêt, et Salomé s'élance.

En plein air, un highlineur choisit un point à l'horizon pour maintenir son équilibre. Sous terre, cette technique ne fonctionne pas. Les parois de la grotte forment un enchevêtrement chaotique de formes, de saillies et d'ombres. L'œil ne sait pas où se fixer. Trop d'informations et pas assez de repères à la fois. « Je peux me tenir debout, mais je n'arrive pas à me stabiliser », avoue Salomé après ses premiers essais. Le corps, habitué au ciel et à l'horizon, se perd ici.

Mais c'est précisément ce qui l'attire. Sous terre, il faut réapprendre ce qu'on croyait maîtrisé. Créer des repères là où il n'y en a pas. Accepter l'échec comme partie du chemin. « Quand tu acceptes de tomber et que tu continues quand même, tout devient possible », dit-elle. Et après une série de chutes et de retours sur la ligne, ça passe. Une figure en l'air, les applaudissements de l'écho, un cri de victoire que la grotte répercute dans toutes ses galeries.

Vice-championne du monde de highline freestyle, Salomé pourrait s'entraîner n'importe où. Mais elle a choisi le massif du Thaurac — là où la beauté austère du calcaire rencontre le silence absolu du monde souterrain. Quand le vent souffle trop fort en surface, elle descend dans la grotte. Quand il se calme, elle remonte sur les falaises admirer des couchers de soleil toujours renouvelés. Le sud de la France lui offre un privilège rare : s'entraîner au-dessus et en dessous de la terre, sans s'éloigner de chez elle d'un seul kilomètre.