Des abeilles vivent sur la tour du Palais des Papes

Au sommet de la tour Saint-Laurent, dominant le plus grand palais gothique d'Europe, se dressent des ruches. Les abeilles du Palais des Papes d'Avignon ne sont pas une attraction touristique, mais un véritable rucher. L'apiculteur Thierry grimpe chaque jour l'escalier en colimaçon de la tour médiévale pour veiller sur ses protégées — avec une vue à couper le souffle : en contrebas, le Rhône, les remparts, les toits de la vieille ville.

Le plus surprenant : les abeilles urbaines produisent nettement plus de miel que leurs cousines rurales. La raison est simple — Avignon applique une politique de zéro pesticide dans ses jardins publics, parcs et espaces verts. Les abeilles butinent au bord du Rhône, dans les jardins municipaux, sur les parterres de fleurs — et reviennent avec un nectar qu'à la campagne, traitée aux herbicides, elles ne trouveraient pas. Paradoxe qui donne à réfléchir : la ville s'est révélée plus sûre pour les abeilles que les champs.

Mais les abeilles au Palais des Papes ne datent pas du XXIe siècle. Au XIVe siècle, sous les papes, on entretenait déjà des ruches ici. L'intérêt n'était pas le miel, mais la cire. La bougie de cire, dans l'esprit médiéval, incarnait la lumière divine. La cire se négociait à dix fois le prix du miel. L'Église catholique est devenue l'un des principaux moteurs du développement de l'apiculture en Europe — parce que sans bougies, il n'y avait ni messe ni prière.

Thierry ouvre un cadre et invite à goûter le miel directement du rucher. Il est tiède — presque chaud, de la chaleur de milliers d'abeilles. « C'est le meilleur miel au monde », dit-il sans fausse modestie. La première récolte de la tour est prévue en septembre. La file d'attente est déjà formée : les chefs étoilés de la région veulent du miel avec un tel pedigree. Mais pour Thierry, l'essentiel est le symbole : des abeilles sur le Palais des Papes, c'est le signe que la biodiversité revient là d'où elle avait été chassée.