Les cochons qui ne peuvent pas lever la tête

Dans les vignobles des Coteaux du Lyonnais, à seulement seize kilomètres du centre de Lyon, paissent de petits cochons de la race kunekune. Ils ne ressemblent pas aux porcs ordinaires — trapus, compacts, avec des museaux amusants. Mais leur particularité principale est cachée à l'intérieur : les kunekune possèdent une vertèbre qui les empêche physiquement de lever la tête au-delà d'un certain niveau. Ils ne peuvent atteindre ni les grappes de raisin, ni les feuilles. Des auxiliaires parfaits pour le vignoble — et ce n'est pas le génie génétique qui les a conçus, mais la nature.

Pourquoi des cochons dans un vignoble ? La réponse est simple : pour ne pas labourer. Au lieu d'un tracteur qui retourne et tasse le sol, les kunekune l'ameublissent avec leur groin, le fertilisent naturellement et ramènent la biodiversité. Insectes, vers, champignons — tout ce que détruit la machinerie lourde refleurit grâce à ces petits compagnons.

Le Domaine de Prapin est une exploitation familiale où la vigne pousse depuis 1890. Lucie en est la sixième génération. Elle a repris le domaine avec son conjoint Pierre, qu'elle a « déraciné » des Pierres Dorées dans le Beaujolais. Les Coteaux du Lyonnais sont une petite appellation fière, coincée entre le Beaujolais au nord et la vallée du Rhône au sud. Sa philosophie est limpide : faire des vins pour les Lyonnais. Des distances courtes, des vignerons qui se connaissent tous, une entraide naturelle.

Mais le climat change, et les vignobles s'adaptent. Lucie raconte : « On a adapté notre enseignement et notre domaine. On a planté de nouveaux cépages moins sensibles à la chaleur. On a choisi la diversification — c'est notre stratégie d'avenir. » Sur les vieilles parcelles de chardonnay plantées par son père, de nouvelles vignes expérimentales apparaissent.

Et à côté du vignoble, une tout autre histoire. La ferme du Boule d'Or, dans la commune de Curis-au-Mont-d'Or : trois associés nourrissent deux cent cinquante à trois cents foyers par semaine. Tout pousse ici même, à portée de main du marché. Marion, jeune cheffe, cuisine en plein champ, au milieu des vignes et des potagers. Sa philosophie — la « cuisine hors les murs » : elle dresse une table entre les rangs de vigne, et les convives mangent ce qui poussait à cent mètres d'eux. « Pourquoi quatre murs ? dit-elle. Je veux créer avec ce qui m'entoure. »

Thibault, son compagnon et maraîcher, cueille une tomate sur le pied et la tend : « Croque dedans. » Sucrée, parfumée, encore tiède de soleil. Leur fils fait ça tous les jours — pour lui, la tomate du jardin n'est pas un luxe, c'est la norme. Et c'est peut-être toute la philosophie de Lyon : capitale de la gastronomie où le meilleur n'est pas au restaurant, mais à seize kilomètres de l'Hôtel de Ville, directement sur le pied.