Un village près d'Avignon s'est proclamé capitale de l'ail

Non loin d'Avignon se niche un village où l'ail est plus qu'un condiment. À Piolenc, il est élevé au rang de religion locale. Il existe ici une confrérie de l'ail — une fraternité dont les membres prêtent serment sur une tête d'ail : « Moi, humble citoyen de Piolenc, m'engage sur l'honneur à assurer la défense et la promotion de l'ail de ma commune. » La cérémonie est aussi solennelle qu'un adoubement — sauf qu'au lieu d'une épée, on brandit une gousse.

Et ce n'est pas de la fanfaronnade. Piolenc produit cinq cents tonnes d'ail par an — dix pour cent de la production nationale. Les champs s'étendent sur cinquante hectares autour du village. Le secret réside dans la terre sableuse, qui confère à l'ail une couleur violette intense et un parfum incomparable. L'ail de Piolenc est précoce — il se récolte dès la fin du printemps, avant tous les autres.

L'agriculteur Stéphane Massonnet en produit environ cinquante tonnes chaque année. Il raconte que l'ail est cultivé ici depuis si longtemps que personne ne sait quand cela a commencé. C'est simplement inscrit dans le patrimoine local — comme les pierres des maisons ou les platanes de la place. Chaque tête subit un contrôle au faciès : seules les plus belles sont sélectionnées pour la vente.

Les habitants de Piolenc sont convaincus de vivre plus longtemps que les villages voisins. La raison, selon eux, est évidente : l'ail contient des conservateurs naturels. « Ici, tout le monde mange de l'ail — jeunes, moins jeunes et très âgés », rit un membre de la confrérie. Et selon la légende locale, l'ail de Piolenc est si parfumé qu'il ferait fuir même les vampires les plus coriaces.

La confrérie organise régulièrement un concours d'aïoli — cette fameuse mayonnaise provençale à base d'ail et d'huile d'olive. Les participants rivalisent de fermeté, de couleur et de saveur. Le vainqueur reçoit une couronne — et un instant de gloire dans un village où l'ail décide de tout. Après le concours, tout le monde scande « à chic, à chic, à chic » — le cri local dont on dit qu'il embaume à un kilomètre à la ronde.