Un berger, 500 brebis et quatre mois de silence

De juin à octobre, Didier vit dans une minuscule cabane sur les alpages du Mercantour. Le village le plus proche est à plus de deux heures de marche. Cinq cents brebis, un chien fidèle et les montagnes — voilà tout son univers. Ni voisins, ni commerces, ni passants. Rien que le vent, le tintement des sonnailles et un ciel sans fin.

Sa cabane a le strict nécessaire : une cuisinière, un lit, une douche. « Un minimum de confort, mais c'est déjà pas mal », dit-il sans l'ombre d'une plainte. C'est là qu'il revient le soir quand les brebis descendent des pâturages, qu'il déjeune, se repose, recharge ses forces pour le lendemain. Ce n'est pas du romantisme — c'est un travail physique exigeant qui demande une vigilance de chaque instant. Chaque matin, Didier inspecte le troupeau : il vérifie les pattes, observe la démarche, repère le moindre boitement. « Dans ce métier, il faut vraiment aimer les animaux et être très observateur », explique-t-il. Parmi les cinq cents têtes, il y a toujours celle qui s'approche la première pour se faire caresser. Celle qui va bientôt mettre bas. Il les connaît toutes.

Mais l'allié le plus précieux du berger n'est ni le bâton ni les jumelles — c'est le chien. Quand les brebis s'éparpillent sur les pentes, Didier envoie son compagnon les rassembler. Un geste à gauche, un geste à droite — et en quelques minutes, le troupeau se dirige docilement dans la bonne direction. « Le chien, c'est pas un ouvrier, c'est vraiment un associé », dit Didier avec tendresse. Les brebis n'ont besoin que de sentir sa présence. Ce n'est pas du dressage — c'est une symbiose polie par des années de travail commun.

Le parc du Mercantour, c'est soixante-neuf mille hectares de nature sauvage à seulement cinquante kilomètres de Nice. On peut y marcher des jours sans croiser ni village, ni route, ni habitation. Pour les touristes, c'est l'aventure et le dépaysement. Pour Didier, c'est le foyer qu'il choisit chaque été depuis de longues années.

« On peut tomber amoureux d'un endroit, dit-il en contemplant le paysage minéral et rude qui l'entoure. La première fois que je suis venu ici, ça m'a tout de suite beaucoup plu. C'est accidenté, c'est minéral, c'est rude. Mais venir à la montagne, c'est vraiment important pour moi. Ce sont des moments inoubliables. On est seul, avec les brebis, le chien, dans un univers immense. Et ça, c'est vraiment extraordinaire. »

Non loin, d'autres bergers mènent leurs troupeaux en alpage comme on le fait depuis des siècles. Et les touristes arrivent avec des ânes — des ânes de Provence, gris, pas très grands, parfaitement adaptés à la montagne. Les guides disent : « Les ânes, c'est comme les enfants : on les aime, mais il faut un petit peu de fermeté. » Les familles passent une semaine sans Wi-Fi, sans signal téléphonique — et avouent que c'est la première fois depuis longtemps qu'elles se parlent vraiment.