Le cheval qu'on sauve à quarante poulains par an

Порода лошадей, у которой всего сорок жеребят в год на весь мир

Une robe couleur blé mûr — en français, « froment ». Des épaules puissantes, faites pour tirer la charrue sur les champs caillouteux de montagne. Un caractère calme et endurant, forgé par des siècles de vie sur des plateaux calcaires où le vent d'hiver vous coupe le visage et où le soleil d'été brûle l'herbe jusqu'aux racines. C'est le cheval du Vercors de Barraquand — une race qui a failli cesser d'exister.

Après la guerre, quand les tracteurs ont remplacé la traction animale, le cheval du Vercors s'est retrouvé sans emploi. Pendant des siècles, il avait été l'auxiliaire universel : il menait son maître au marché et à la messe, tirait la charrette aux champs, mettait bas un poulain au printemps. Un seul cheval remplaçait tout un garage. Mais la mécanisation a tué la demande, et la race a commencé à s'éteindre. Dans les pires années, on ne comptait que quinze naissances.

Aujourd'hui, grâce aux passionnés et au soutien du Parc naturel régional du Vercors, la situation est un peu meilleure — l'an dernier, une quarantaine de poulains ont vu le jour. Mais c'est dramatiquement insuffisant pour affirmer que la race est sauvée. Quarante naissances pour toute une race — une fragilité que même les éleveurs les plus optimistes ne cherchent pas à dissimuler.

Marion est l'une de celles qui ont consacré leur vie à ce cheval. Elle a grandi dans le Vercors, connaît chaque sentier et chaque pâturage. Ses chevaux paissent sur les plateaux à mille cinq cents mètres d'altitude — le paysage typique des Préalpes, où le calcaire affleure et où le vent ne faiblit jamais. Elle selle ses montures et guide les cavaliers à travers les montagnes, leur montrant les paysages qui sont l'histoire même de cette race. « Ces paysages, c'est son histoire », dit Marion. Le cheval du Vercors a été façonné par ces montagnes, et sans lui, elles perdent une part de leur âme.

La première étape — la reconnaissance officielle de la race — est franchie. La seconde reste à accomplir : élargir le cheptel et attirer de nouveaux éleveurs. Le Parc du Vercors aide, mais sans hommes et femmes prêts à s'y consacrer, les chiffres sont impitoyables. Lors d'un pique-nique à mille cinq cents mètres, au milieu du bleu du Vercors-Sassenage et des œufs de poules grises, la conversation revient toujours aux chevaux. « Les indicateurs sont plutôt positifs, dit un éleveur. Mais quarante naissances, c'est trop peu pour dire que la race est sauvée. » Un aveu limpide comme l'air des cimes.