Nice plonge à 40 mètres sans bouteille

La rade de Villefranche est l'un des meilleurs spots de plongée en apnée de France. Située tout près du port de Nice, entièrement abritée des vagues et pourtant d'une grande profondeur, elle accueille depuis l'Antiquité les marins en quête de refuge — et aujourd'hui les apnéistes, pour qui la Méditerranée est devenue terrain d'entraînement et de méditation.

Aurore Asso est championne d'apnée et Niçoise de souche. Avant de descendre à plus de quarante mètres, elle ne s'échauffe pas dans l'eau : toute la préparation se fait à bord du bateau — exercices respiratoires, courtes apnées, mise en condition du corps et de l'esprit. « Le réflexe d'immersion fonctionne mieux dès la première fois, explique-t-elle. C'est quelque chose qui nous rapproche des mammifères marins : la première apnée est toujours la meilleure. »

Trente secondes après le départ, au moment de passer sous la surface, survient un sentiment de libération — « un apaisement immédiat et profond ». Aurore parle d'un « lien fusionnel avec l'eau » : un lien qui se renforce d'année en année avec la pratique et qui est peut-être plus important que les chiffres et les records. Ce n'est pas du sport pour le résultat — c'est une quête infinie, comme elle la nomme elle-même.

Mais le monde sous-marin niçois ne se limite pas à la profondeur. À cinq kilomètres du rivage, au-dessus de mille mètres de fond, le photographe de renommée internationale Greg Lecoeur traque ses « modèles ». Spécialiste de la faune sous-marine, quand il est chez lui à Nice, son bureau est la haute mer. « C'est une quête, dit-il. Dès qu'on a un soupçon sur une trace de vie, il faut aller voir. C'est le seul moyen d'être sûr. Parfois on passe la journée à courir après des indices. Des fois ça paye, des fois non. »

Cette fois, ça a largement payé. D'abord un banc de dauphins jouant dans les vagues du bateau. Puis une rencontre avec des globicéphales, une espèce méconnue de cétacés vivant au large. Au fil des années, Greg a photographié d'innombrables habitants de la Méditerranée, constituant une collection d'images qui pulvérise le cliché de la « mer morte ».

« La Méditerranée, beaucoup de gens pensent que c'est une mer sans vie, dit Greg. Alors que c'est l'un des plus hauts spots de biodiversité au monde. Beaucoup s'imaginent qu'il faut voyager à l'autre bout de la planète pour voir des tortues, des raies ou des baleines. Mais toutes ces espèces vivent dans tous les océans, sur tous les continents. Il faut juste être un petit peu curieux et se donner la peine d'y aller. »

De la rade de Villefranche, où Aurore glisse dans l'abîme bleu, à la haute mer où Greg photographie les globicéphales — Nice abrite sous ses vagues un monde entier dont la plupart des vacanciers de la Promenade des Anglais ne soupçonnent même pas l'existence.