La grotte où le premier homme est descendu avec une bougie

En 1935, dans le sud de l'Ardèche, au pied d'une falaise, un homme nommé Robert de Joly se tenait devant un éboulis. Derrière, les habitants le soupçonnaient depuis longtemps, quelque chose se cachait. De Joly entreprit de dégager les blocs et découvrit une ouverture. En contrebas s'ouvrait un gouffre de cinquante mètres. À l'époque, il n'existait pas de grottes aménagées, pas de notion de ce qui pouvait se trouver sous terre. Il descendit par une échelle de corde, une petite lampe à acétylène sur la tête — et se retrouva dans l'obscurité totale.

Il lui fallut quelques minutes pour que ses yeux s'habituent au noir. Puis vint l'écho, révélant l'immensité de l'espace. Enfin, des formes commencèrent à se détacher : colonnes, stalagmites, draperies de pierre. Ainsi fut découvert l'Aven d'Orgnac — l'une des grottes les plus impressionnantes de France.

Aujourd'hui, les scientifiques savent que certaines concrétions ont au minimum quatre cent cinquante mille ans. C'est la limite de la méthode de datation : l'âge réel pourrait être bien supérieur. À l'intérieur, des salles à couper le souffle. L'un des joyaux — la « Pomme de Pin », une stalagmite de près de douze mètres de haut que de Joly décrivit dans ses carnets d'expédition. En face, le « Buffet d'Orgues » : stalactites, stalagmites et draperies fusionnées en une muraille semblable à un orgue de cathédrale.

Stéphane est spéléologue. Depuis vingt-cinq ans, il passe l'équivalent d'un mois par an dans cette grotte, jour et nuit. Il y est venu enfant : avec une bande de quatre ou cinq copains, ils exploraient de petites cavités avec une seule torche pour tous. Plus tard, à douze ans, c'est dans les gorges de l'Ardèche qu'il eut la révélation : « Tu es fait pour vivre dehors, pas à l'intérieur d'une maison. »

Mais la grande passion de Stéphane, ce sont les enfants. Il organise des sessions de « spéléo-minots » — des mini-expéditions où les petits explorateurs accèdent à des salles cachées, interdites aux visiteurs ordinaires. « Chaque stalagmite est un gigantesque jeu de construction, un Lego, explique-t-il. Chaque goutte d'eau transporte un minuscule cube de calcite, et les cubes, en s'empilant au fil des millénaires, finissent par former ce que vous voyez. » Les enfants touchent les pierres, se glissent dans les fissures et remontent à la surface les yeux brillants.

« L'idée, c'est d'éveiller la curiosité et, pourquoi pas, de susciter des vocations », dit Stéphane. À en juger par les cris d'enthousiasme qui montent des profondeurs, la mission est accomplie.